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De la beauté du geste


Si l'esprit permet de penser une œuvre, c'est uniquement par l'action des mains qu'elle surgit.




Contrairement à l'art, le geste ne constitue pas encore d'acte artistique en lui même . Il n'est moyen en soi mais outil par lequel l'objet artistique prend forme. L'artisan d'art est ainsi inlassablement à la recherche du geste « juste » qui, bien que technique, peut relever d'une intuition. Par le travail du geste, il se rapproche au fil des années de la perfection. Il apprend à dompter les matières, tantôt par ses mains, tantôt par l’intermédiaire d'outils. Et c'est seulement quand le geste ne constitue plus un obstacle, en raison de manque d'habilité ou de technicité, qu'il déploie toute sa puissance. Mais parfois, le processus s'inverse : c'est aussi par l'expérience du geste, par nos mains qui se baladent et tâtonnent au gré de nos intuitions, qu'une idée peut surgir dans l'esprit. Et ce sont souvent celles-ci qui se révèlent particulièrement puissantes, peut-être parce qu'elle nous ont été soufflées par notre inconscient.



Les gestes du bijoutier ont pour spécificité de se manifester toujours à travers un outil, les mains interviennent que rarement sans intermédiaire en raison des caractéristiques des matières qui sont transformées. Aussi, les gestes demandent une grande finesse, un millimètre d'écart pouvant être fatal. La plupart des bijoutiers travaillant avant tout les métaux, le feu joue alors un rôle prépondérant. La soudure ne demande point de force, mais de la patience. Le bijoutier doit saisir l'essence du feu. En caressant le métal avec la flamme, il doit apprendre à l'observer et à prédire son comportement.

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La force quant à elle est sollicitée lorsqu'il découpe avec des ciseaux et bocfils, lorsqu'il tort avec des pinces, lorsqu'il forge avec des marteaux ou qu'il lamine des plaques de métal. L'arsenal d'outils d'un bijoutier peut paraître quasiment infini, car il y en a autant que d'étapes de travail différentes



Tous permettent de faire surgir d'un amas de matériaux brutes un objet de grande finesse qui révèle sa beauté et celle de son porteur. C'est toujours lors de la dernière étape de finition que la précision du geste est la plus cruciale, car la beauté passe aussi par la perfection. Ainsi, une rayure, un coin trop arrondi ou au contraire trop coupant hantent le bijoutier qui lutte patiemment avec limes, papiers émeris et polissage pour une parfaite harmonie du bijou.


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La beauté du geste réside dans la recherche d'ergonomie, de fluidité et de précision. Et bien qu'une multitude d'artisans d'art utilisent les mêmes gestes, chacun lui donnera une expression personnelle pour faire émerger les créations les plus diverses.



Le geste est un mouvement intime. Une photo ne saurait en capter qu'un instant, une vidéo n'arrivera pas à dévoiler sa magie. Car l'essence du geste échappera toujours à son spectateur, à défaut d'être vécu.


Zest, 2018.


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